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Marilyn Manson - Heaven Upside Down

{ Heaven Upside Down } Marilyn Manson

Dire que l’album était attendu relève de l’euphémisme. Initialement prévu pour le 14 février dernier (2017), l’absence de tout matériau sonore arrivé le jour J aura occasionné l’ébullition des fans, s’attaquant aux membres du groupe via les réseaux sociaux. L’absence de nouvelles a laissé flotter un climat d’incompréhension durant un certain temps, avant que le soufflé ne finisse par retomber. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts et aujourd’hui, le disque se trouve enfin entre nos mains.

Heaven Upside Down est donc produit par Marilyn Manson lui-même et Tyler Bates, déjà présent pour la conception de The Pale Emperor, paru il y a deux ans. Si celui-ci se dévoilait naturellement à l’oreille de l’auditeur, Heaven Upside Down sort régulièrement des sentiers de l’easy-listening pour offrir un son plus agressif et brut, tout en héritant de ce grain si singulier que possède son prédécesseur.

Les guitares assassines de Revelation #12, puissante entrée en matière, ou encore We Know Where You Fucking Live, au refrain « marteau-piqueur », suintent l’influence metal indus des années 80. Et pour cause, l’on sait bien que le chanteur américain est amateur de groupes tel que Ministry, véritable pilier du genre. Le film Atomic Blonde sorti cet été en livrait justement une reprise issue de Stigmata, piste d’ouverture de The Land of Rape and Honey.

La basse est omniprésente, ronde mais saturée, et appuie sérieusement le rythme tout en soulignant les guitares. Les synthétiseurs sont toujours aussi vivants et les samples sont utilisés de manière judicieuse. De quoi muscler le mixage et générer une atmosphère atypique, que certains se plairont peut-être à comparer par moments à Holy Wood pour sa stigmate sonore résolument crasseuse. L’ensemble demeure très cohérent malgré les influences toutes aussi nombreuses que variées : metal, indus, glam, pop voire même hip-hop, comme le suggèrent certains beats (SAY10) et le chant du shock-rocker (Tattooed in Reverse).

Mais le dixième album studio du Révérend dispose aussi de chansons plus mélodieuses, faisant part de sonorités électroniques tantôt ambiantes à l’instar d’une bande originale de film, tantôt appuyée en leads : c’est le cas du single Kill4Me, très pop rock, manufacturé pour la radio d’une façon pleinement assumée. Saturnalia prend le relais et surprend par son refrain non sans rappeler le rythme et le beat de Posthuman, morceau issu de Mechanical Animals. Ces pistes n’en perdent pas pour autant la marque globale, sablonneuse et grenue de l’œuvre.

La chanson-titre relâche quelques envolées de guitares bienvenues. On y retrouve par ailleurs une patte similaire à ce qui se faisait sur The High End of LowThreats of Romance confirme l’attraction « Bowiesque » du chanteur et ferme la marche avec panache.

Heaven Upside Down est un album burné qui a beaucoup à délivrer mais qui, à l’inverse de The Pale Emperor, risque d’en rebuter plus d’un en raison de son arrière-goût plutôt aigre en premier lieu. Cependant, à chaque nouvelle écoute, le dernier bébé de Marilyn Manson se livre un peu plus aux tympans tout en les flattant davantage.  L’icône américaine a trouvé en Tyler Bates un compagnon musical de grande valeur. 

Les paroles semblent fidèles à ce qu’écrit le rocker depuis une décennie : nombreuses sont les références iconiques, astronomiques, religieuses… Et l’ensemble est empaqueté de façon personnelle. Enfin, la voix de Manson est au beau fixe : on sent qu’il joue plus aisément avec et délivre différentes variations tout le long du disque.

The Pale Emperor and Heaven Upside Down, malgré d’évidentes singularités, s’embrassent parfaitement afin de constituer un nouveau diptyque qui représente sans nul doute le meilleur de ce qu’a pu offrir l’artiste depuis bien des années.

NOTE : 8/10