Writing

My So-Called Life - Winnie Holzman

{ My So-Called Life } Winnie Holzman

Portrait d’un âge douloureux

My So-Called Life n’est pas une série de « teenagers » comme les autres. On pourrait d’ailleurs la qualifier de précurseure quant à certains thèmes abordés et la façon dont ils sont traités.
Winnie Holzman admet par ailleurs ne pas voir son œuvre comme une série pour ado, bien que nombre de ses personnages le sont. En effet, on y trouve une maturité et un regard loin des teen-dramas à la Skins ou Awkward. Conséquence, il est facile de se retrouver ne serait-ce que par fragments dans chacun des protagonistes.

Premiers amours, homosexualité, relations parentales, amitié, problèmes de logement, de jugement, la routine, autant de thématiques soulevées en seulement dix-neuf épisodes au contenu donc fort fourni.
La série souffre d’un léger défaut : sa réalisation assez terne. Mais l’on pourrait le justifier par le fait qu’Angela, personnage principal aux réflexions souvent intéressantes et joliment imagées, voit sa vie en dégradés de gris, tel un quotidien morose. Puis soudainement, des événements inattendus, joyeux ou malheureux surviennent. Puis retour à la case départ. La routine, à nouveau. Lasse, souvent, Angela n’est jamais réellement satisfaite d’une situation ou d’une autre, quelle que soit sa nature. Elle évolue en terrain hostile : l’adolescence.

My So-Called Life, c’est une certaine fascination pour l’adolescence donc, âge douloureux pour beaucoup. On saluera au passage l’excellente prestation de l’ensemble des acteurs tant chacun incarne profondément son personnage.
Le corps change, l’esprit aussi mais parfois dans une direction totalement opposée. Nous remettons en question l’ordre tel qu’il est établi au foyer ou à l’école. Ce long apprentissage demeure parfois usant, alors on entreprend des stratégies d’évitement, des moyens d’oublier temporairement ce qui nous entoure. Angela et ses amis sombrent alors parfois dans des périodes délicates. Mais là où les suiveurs cités comme exemples plus haut, à savoir Skins and Awkward, font souvent dans l’hyperbole voire le spectaculaire, et où d’autres font dans la candeur, l’œuvre de W. Holzman fait dans le terre-à-terre. Aucun jugement de la part de la réalisatrice n’est perceptible. Elle semble mettre scénaristiquement en lumière des actes et des situations tels qu’ils pourraient l’être dans la vie de n’importe qui, avec du recul, au point de se demander si le programme n’a pas un pied enfoncé dans la catégorie documentaire.

My So-Called Life, c’est le tourbillon d’un âge fébrile à la consistance si fragile découpé en images et en mots. Les mots ont une place imposante tant ils sont justes, notamment quand les personnages parlent en voix off, dans leur tête. Ils sont simples, presque aussi banals que les scènes filmées me direz-vous, et c’est ce qui en fait la force : on en saisit ainsi tout le sens et la lourdeur.

Enfin, on pourra rouspéter sur le dernier épisode s’achevant sur un cliff-hanger assez sauvage, qui laissait entrevoir à l’époque une seconde saison. Pas de bol, l’actrice principale a tout simplement rejeté l’offre.

Une série bien loin des clichés ambulants à la Melrose Place ou Dawson de la même époque, qui en plus d’être séduisante dans sa forme, l’est aussi dans le fond et c’est une chose rare pour ce type de programme.

NOTE : 8/10